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À la découverte d’un petit théâtre côtier…

Direction Ras Gaboudia, pointe la plus haute du Sahel tunisien où en 2011 un théâtre pas comme les autres a ouvert ses portes au public. Pour expliquer son étonnante histoire, retenons simplement la célèbre citation du poète Charles Baudelaire « tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ».

Le théâtre Chames Ras Gaboudia se situe sur le littoral de la Chebba à une trentaine de kilomètres de Mahdia. Sa création n’est pas ordinaire. Avant l’indépendance de la Tunisie en 1956, cette construction était à l’origine une ancienne usine de poisson fréquentée par les Français.Délaissé au fil des années par la municipalité, elle devient rapidement un endroit mal-fréquenté. Le terrain est aussi utilisé comme un dépôt de détritus en tout genre.. Durant cette période, Radhouane Lachtar travaille à la maison de la culture de la Chebba. Il est scénariste et s’intéresse fortement au sort de l’édifice. C’est avec le soutien de son épouse Dalanda Missaoui, éducatrice qu’ils vont se lancer dans un défi de taille. Tout deux n’ont alors qu’une idée en tête. Transformer cet espace en un lieu culturel accessible à tous. Un pari surprenant qui annonce le début d’une longue aventure. Progressivement, les missions de nettoyageet de réhabilitation commencent. Le binôme ne recule devant aucun obstacle. Pour optimiser les investissements, le fondateur Radhouane Lachtar décide même de vendre ses oliviers à son frère. 

Radhouane Lachtar en compagnie de quelques élèves du théâtre.

Wiem Mahjoubi (au centre de la photo) journaliste et professeur en photographie avec ses élèves en face du théâtre.

Aujourd’hui, le théâtre accueille pas moins de 70 adhérents de tout âge confondus. Certaines activités peuvent être réservées à partir de l’âge de 6 ans et d’autres à partir de 14 ans. Tout le monde est la bienvenue. Ils se retrouvent chaque jours dans une ambiance joviale et festive pour des cours et des formations de comédie, de peinture, de musique, de dessin, de photographie ou encore de danse. Toutes les spécialités affichent complet. C’est la raison pour laquelle les professeurs ont l’intention de développer et d’ajouter d’autres disciplines dans le futur. L’objectif étant de maintenir et d’harmoniser une interaction régulière. A chaque fin d’année une compétition finale réunit les élèves dans l’espace scénique pour une cérémonie de remise de prix. Des expositions et des représentations sont également organisées au cours de l’année. Une initiative encourageante qui participe à la notoriété naissante de l’établissement.

Un cours de photographie dans la salle des expositions de peinture

En 2017, un groupe se rend au Caire en Egypte. Passage obligé pour les adeptes de la scène artistique. C’est l’occasion pour eux de promouvoir leur talent, leur scénario et leur jeu d’acteur. Un honneur et une fierté pour ces jeunes chebbiens marqués par l’ambition. La réussite se poursuit. Ils sont invités tous les ans à l’événement incontournable des journées théâtrales de Carthage. Près de 39 pays arabes et africains sont au rendez-vous. Récemment, ils participent également à la toute première édition du festival national du théâtre tunisien à Tunis. Fondé par Mohamed Massaoud Driss, toutes les régions du pays célèbrent et rendent hommage au théâtre tunisien. Le prix du meilleur acteur est remporté par Salem Ben Hassine, celui de la meilleure actrice par Khouloud Naés et la couronne d’argent remis au directeur. Un moment émouvant et gratifiant. Sur les réseaux sociaux, Radhouane Lachtar s’empresse de déclarer « Ces récompenses sont le résultat d’une période de lutte et de fatigue. Je remercie tous ceux qui ont cru en moi ».

Chams Ras Gaboudia doit son nom à la vue spectaculaire qu’il offre face au soleil levant. Installé tout près du port sur la route de el marsa, son cadre est idéal et reposant. Il sert aussi de lieu de tournage pour des courts-métrages.

Sur la façade de l’entrée sont inscrits des messages prônant le savoir et l’enseignement. « Donne moi un théâtre, je te donnerai un peuple », « le livre est le meilleur compagnon » « Aucune perspective pour celui qui ne s’intéresse pas à la culture » peut-on lire. Le discours est clair et précis. L’instruction est un trésor qu’il faut transmettre aux générations futures.

© Chérine Abbes

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