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Ahed Tamimi, la nouvelle arme de communication massive de la cause palestinienne, selon canal +

De manière générale, l’attitude des médias français face à l’occupation des terres palestiniennes est choquante. Ils veillent à véhiculer une fausse symétrie entre les images et informations diffusées dans les programmes traitant de l’actualité, mettant en parallèle les tueries des deux côtés du conflit.

Les voix qui condamnent les agissements de l’occupation comme Michel Collon, ou celles qui organisent des débats équilibrés en termes de positions défendues comme Frédéric Taddeï, ne sont pas, ou sont peu montrées dans les médias. Les très nombreux témoignages à charge, les conditions abominables dans lesquelles vivent les habitants palestiniens ou encore les différents rapports des ONG sont omis intentionnellement.

On sait très bien que le langage tel qu’il est pratiqué par les journalistes sert à directement ou implicitement à promouvoir des idées. Le jargon textuel par les commentaires, les propos tenus et leur contextualisation ainsi que le langage visuel via les images montrées ou pas et le montage opéré a pour but de renvoyer à un choix politique. Ce parti pris n’a plus donc un rôle purement informatif mais véhicule plutôt ce que l’auditeur, le téléspectateur ou le lecteur doit comprendre.

En spectateur attentif nous essayons de décrypter le discours allié aux images montrées par le magazine télévisé diffusé depuis septembre 2006 sur l’antenne de Canal + et Be1, la chaîne de télévision privée belge, consacré à l’actualité internationale, Effet papillon. 

Nous allons énumérer ci-dessous les mots et les expressions qui semblent à charge contre l’occupation ou bien partisane des palestiniens et de la jeune Ahed Tamimi en particulier :

Qu’elle prend la tête à des types surarmés : l’expression est flatteuse pour Ahed Tamimi, elle signale son courage dans un premier lieu et la périphrase pour exprimer le mot soldat renvoie à un déséquilibre flagrant des forces, ce qui accentue le mérite de l’adolescente palestinienne.

Colon : ce terme est communément utilisé mais en cas de parti pris contre la cause palestinienne, il est tout simplement remplacé par israélien. Les colons sont des israéliens qui vivent dans des territoires occupés par leur pays. Et la colonisation, pour les occidentaux, n’a commencé qu’après la Guerre des Six jours, en 1967. Le terme colonisation peut être remplacé par le terme implantation pour en atténuer l’impact.

Résistance palestinienne : Toutes les formes de lutte contre l’occupation illégale de la Palestine qui dure depuis des décennies sont quasi systématiquement qualifiées de terrorisme par les médias de masse. Opter pour le terme résistance est très rare. Implicitement, il renvoie à une forme de lutte légitime.

Tsahal est responsable de la blessure à la tête d’un neveu de Ahed Tamimi : ce qui est d’usage dans les médias classiques français quand il s’agit d’une information controversée est de citer dans le meilleur des cas les deux versions qui circulent dans les deux fronts. Cette fois-ci, Canal + ne fera aucune allusion aux dires du porte-parole du Tsahal qui prétendent la chute du jeune palestinien de 14 ans de son vélo.

Blonde aux yeux bleus, peau claire, cheveux à vent : la description n’est pas tirée d’une rubrique de glamour mais renvoie à des caractéristiques de beauté similaires au modèle occidental. Une forme d’empathie est suggérée par ces qualificatifs flatteurs d’une certaine allure physique et d’une certaine attitude.

Une nouvelle forme de résistance où au lieu de lancer des pierres, on dégaine les portables : le mot résistance à lui seul fait l’affaire de la cause palestinienne. Souligner son caractère inédit et son approche non violent ne font que rallier davantage les esprits pacifiques.

Au montage, les images des murs avec les graffitis dessinés suivent les explications du père Tamimi qui rappelle que ces terres leur appartiennent et mettent au clair la double injustice subie par les habitants du village Nabi Salih.

L’habillage sonore entre la musique utilisée pour accompagner les entretiens et la séquence où on préparait les verres avec les images de Ahed Tamimi, ont un effet émotif sur les auditeurs.

Une bataille à main nue, non violente, mais pas sans risque.

L’épilogue du journaliste souligne encore une fois le caractère non violent de la lutte tout en rappelant son caractère audacieux avec une voix grave qui en fait l’énonciation. Ici, la conjonction mais est pour alerter l’opinion publique sur le déséquilibre des forces.

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