Amira Dridi, anesthésiste réanimateur au service de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, lance un cri de détresse

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Deux mois à peine après le cri de détresse de Pr Aïda Borgi ,exerçant au service de réanimation pédiatrique de l’hôpital d’enfants de Bab Saâdoun, Dr Amira Dridi monte au créneau pour attirer l’opinion publique sur la situation lamentable des hôpitaux en Tunisie.

Les deux médecins exercent dans le milieu hospitalier mais elles sont avant tout des êtres humains qui ne peuvent rester éternellement insensibles à la perte de vies humaines en raison de manquements majeurs dans les services de la santé publique. L’inertie de l’état n’y remédiant pas, elles se sont toutes les deux tournées vers les réseaux sociaux pour exprimer leur ras-le-bol.

 

Voici ci-dessous l’intégralité du texte écrit par Dr Amira Dridi sur sa page personnelle du facebook :

Un cri de détresse de nos hôpitaux publics et de nos médecins.
Je suis médecin anesthésiste reanimateur de l’hôpital Abderrahmen Mami exerçant dans le service de chirurgie thoracique et cardiovasculaire, je sors de mon silence après avoir épuiser nos moyens possibles. J’arrive pas à dormir ce soir, non je suis pas de garde, mais je souffre pour nos hôpitaux, pour mon service, pour mes patients…… Faute de moyens je voyais certains partir et pour me reconforter je me disais « MAKTOUB » le mot magique qui anesthesait ma rage. Je gardais de l’espoir avec chaque nomination d’un nouveau ministre de santé je me disais : « fourijat », patience peu de temps et on aura notre matériel, nos besoins….. Mais malheureusement, notre service se détériore de jour en jour : manque de matériel et de personnel, et ceux qui sont déjà là quittent le navire un à un. Un navire qui coule doucement mais qui coule malgré nos cris de détresses. Ce n’est plus questions de lits cassés ou de manque de respirateur et monitorage en réanimation post chirurgie cardiaque et thoracique c’est un manque de tout, chaque jour deux ou trois trucs qui manquaient et ça durait ou ça dure encore. On s’est retrouvé après chirurgie cardiaque sans appreil ECG ou sans GDS ou sans troponines, sans ballon de contre pulsion…..sachant déjà qu’on est sans ECMO sans échographie sans banque de sang je dis bien en chirurgie cardiaque. Post chirurgie thoracique c’est une autre paire de manche, on s’est retrouvé sans radiographie du thorax, sans drain thoracique, sans respirateur… « Kol enhar w 9asmo » je souffrais mais je continue à venir travailler chaque jour avec l’espoir du changement. Il m’arrive de craquer des jours mais j’avais le regard d’un patient ou deux conscient de la situation qui me chargeait de patience et de force, un regard qui me disait : vous n’êtes pas seuls à se battre, je suis là à me battre aussi contre ce maudit cancer depuis des mois en attendant ce cher RDV d’hospitalisation, j’accepte tous ces conditions de merde, je supporterais les douleurs sans antalgiques pour vue que je sois guéri. Un regard qui me poussait chaque fois à frapper les portes pour mendier un cathéter central ou de dialyse, un respirateur, un bilan, un médicament……., à râler devant un responsable qui me répondait à chaque fois : la CNAM nous paye pas, on a plus d’argent. On a envoyé un courrier au ministère de la santé et on attend la réponse. Et en attendant cette réponse qui ne vient pas un patient meurt  » MAKTOUB » . Ce soir, j’ai pas ce regard, j’ai pas les gentils mots de remerciement et de reconnaissance pour me calmer, ce soir je n’ai que mes larmes et ce statut pour me soulager. Je n’ai que ce cri de détresse : aidez nos hôpitaux à survivre, Ya CNAM paye tes dettes avant d’empreinter tes employés, partagez pour qu’il arrive à ceux qui peuvent aider inchallah

Amira Dridi médecin anesthésiste réanimateur de l’hôpital Abderrahmen Mami Ariana

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