Bordels et prostitution : toute l’histoire depuis l’époque Hafside

0 2 611

Docteur Seif Karoui, dans un récit concis, étale toute l’histoire de la prostitution en Tunisie depuis l’époque Hafside.

Au lendemain du 14 janvier 2011, des salafistes avaient donné l’assaut à l’impasse Sidi Abdallah Guèche et commis des actes de pillage et de dévastation.Qui parmi nous ne se rappelle-t-il pas du slogan des prostituées défilant en ville et hurlant: لا خمار ولا خموري وانا نحكم في ******(vous connaissez la suite). 
Depuis, 14 bordels disséminés sur le territoire Tunisien ont été fermés. Seuls deux quartiers restent ouverts, ceux de Sfax et Tunis. Pourtant, la prostitution considérée comme le plus vieux métier du monde est indissociable de l’histoire de ce pays.
Les plus vieilles sources de l’histoire de la prostitution remontent à l’époque Hafside. En intégrant les rentes provenant de ces milieux dans son système fiscal, l’état Hafside admettait par la même, l’existence de telles activités dans la cité.

Pendant la période Ottomane, le mezouar, agent de l’état s’occupait de prélever les taxes relatives à la prostitution institutionnalisée. La réglementation de la prostitution remonte à l’établissement du protectorat Français après 1881. La légifération date du 30 avril 1942. Le métier générait beaucoup d’argent pour l’état. Après l’indépendance, l’état a gardé la même législation et les prostituées avaient officiellement comme métier: » fonctionnaire du ministère de l’intérieur ». Ce titre les protégeait des proxénètes et des voyous.
L’état a préféré contrôler et organiser ce secteur pour en jouir financièrement , plutôt que de le réprimer conformément aux vœux et souhaits des hommes de religion. Il se positionne ainsi en super et officiel proxénète.

A travers l’histoire l’origine des prostituées était diverses:

_Les Maghrébines: Algériennes et surtout Libyennes mais aussi Marocaines.
_Les noires peu désirées mais qui avaient trouvées un subterfuge pour attirer la clientèle. Le bruit courait que le fait de coucher avec elles était un moyen radical pour soigner la chaude-pisse. En réalité, il n’en était rien puisque la maladie flambait davantage.
_Les juives contonnées à un quartier qui leur était reservé et qui n’est autre que la rue Sidi Abdallah Guèche mitoyen de la hara d’el Hafsia.
_Les tunisiennes pouvant être soit rurales, victimes de l’exode et en rupture avec leur milieu social soit citadines issues de familles bourgeoises turques souvent des veuves ou des divorcées.

A travers le temps, le statut de la prostituée musulmane a été singulier. En effet, étant exclues et n’avouant plus leurs attaches, elles ne souillaient plus l’honneur et ne portaient plus d’atteinte à l’identité morale du groupe dont elles étaient issues. Cependant, la prostituée musulmane était le domaine réservé aux seuls musulmans. Tout contact avec des chrétiens ou des juifs était strictement interdit. Grâce à ce statut , la prostituée cessait par moment d’être perçue comme objet de plaisir neutre et sans identité et réintégrait le groupe. Ce n’est qu’à l’intérieur de la communauté qu’elle était perçue comme prostituée et objet de pitié, par contre elle devait être protégée contre la convoitise des juifs et chrétiens.
La prostitution, expression la plus basse du profane se croise avec le maraboutisme symbole plus concret du sacré.
Ainsi tous les quartiers dédiés à la prostitution sont designés par un nom de saint en raison de la présence de la tombe d’un saint dans les parages.
Les principaux quartiers sont:
_Impasse Sidi B Naïm à caractère mixte musulmans et juifs
_Impasse Sidi Mahrouk, Boumendil quartier des prostituées veuves.
_Impasse Sidi Bayen
_Impasse Sidi Abdallah Guèche, zone de prostitution juive.
Cette présence n’est pas le fruit du hasard. En effet, dans la tradition Maghrébine et donc Tunisienne le sanctuaire de ces marabouts était le refuge du fugitif et du fauteur quelque soit son délit, à ce titre Sidi Fathallah à Ben Arous protégeait les filles-mère.
A l’époque coloniale, les Francais et Européens en général(Italiens, Maltais etc…) Fréquentaient des lieux huppés: des maisons closes de luxe comme la grande maison, les palmiers du côté de bab jazira ou celle de l’avenue de Paris toutes ayant disparues de nos jours.
La fréquentation des bordels était hétérogène, toutes les classes sociales, tous les âges, tous les métiers, toutes les religions. Une nuance cependant, les hommes musulmans avaient le droit d’aller dans les bordels des juifs alors que ces derniers ainsi que les chrétiens étaient interdits d’accès aux quartiers de prostituées musulmanes et ceci pour préserver l’honneur de la communauté un paradoxe et un exemple édifiant de l’hypocrisie et de la schizophrenie arabo-musulmane.

Seif Karoui

Commentaires
Loading...