Carthage était la première république de l’histoire !

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Aristote : « « Carthage jouit d’une Constitution plus complète que celle des autres États,les Carthaginois sont gouvernés de façon supérieure aux autres peuples” » »

 

Carthage a deux histoires, l’une a été racontée par ses ennemis, l’autre a été patiemment reconstituée par des générations d’historiens, de curieux et d’admirateurs, qui ont vite compris que la version antique de l’histoire n’est pas très fiable, d’autant que la plus grande partie concernant l’histoire de Carthage nous a été rapportée par Polybe, qui était au service de Scipion Emilien, destructeur et génocidaire de Carthage.

La plupart des autres textes dont nous disposons sont postérieurs à Polybe, ils s’inspirent très largement de son œuvre ou de quelques autres œuvres aujourd’hui disparues.

Ce que l’on sait par contre, c’est que les Carthaginois étaient particulièrement cultivés et que les bibliothèques étaient nombreuses dans la capitale punique. Polybe lui-même raconte qu’après la destruction de la ville, « les livres de Carthage ont été abandonnés aux princes africains », Rome ne gardant que les livres du premier agronome de l’histoire, Magon, livres considérés comme la plus grande prise de guerre de Rome sur Carthage.

 

« Carthage jouit d’une Constitution plus complète que celle des autres États ». Aristote déclare aussi : « Les Carthaginois […] possèdent des institutions excellentes ; et ce qui prouve bien toute la sagesse de leur Constitution, c’est que, malgré la part de pouvoir qu’elle accorde au peuple, on n’a jamais vu à Carthage de changement de gouvernement, et qu’elle n’a eu, chose remarquable, ni émeute, ni tyran ».

Retenons la phrase « on n’a jamais vu à Carthage de changement de gouvernement », cette affirmation d’Aristote prouve clairement que Carthage n’a jamais connu de monarchie, ce qui signifie que depuis sa fondation en 814 av. J.-C., Carthage est une République. Il s’agit donc de la première République de l’histoire puisque celle que l’on retient habituellement pour la plus ancienne, la république romaine, a été instaurée en 509 av. J.-C. Elle est donc plus jeune que celle de Carthage de plus de 3 siècles.

Selon David Belhassen , déjà au VIème siècle avant J.-C, on sait que cette République est aussi une démocratie car y est mentionnée une “Assemblée du peuple” qui élit le “Shofet” (translittéré “Suffète”, en français).

Entre parenthèses, Shofet est un mot hébreu-cananéen qui signifie à la fois “juge” et “dirigeant”. Ainsi, la Bible nous parle de l’époque des “Juges” en Israël précédant la monarchie des rois Saül, David, et Salomon.

A Carthage, le Shofet, élu par le Sénat et par l’Assemblée du Peuple, remplissait également le rôle de “Grand législateur”. Selon Aristote, l’Assemblée du peuple était consultée lors d’un désaccord entre leShofet et le Sénat, et c’est elle qui tranchait.

La participation à cette Assemblée constituante était “citoyenne” et donc “démocratique”. De plus, dans toutes les sources épigraphiques carthaginoises, il n’est jamais fait mention d’une quelconque interdiction faite aux “esclaves” d’y participer. D’ailleurs, toute la législation carthaginoise ignore le statut d’esclave ! On peut dès lors affirmer que la législation républicaine carthaginoise – à la différence de celle d’Athènes – est par essence une démocratie “anti-esclavagiste” !

Plus tard (au IIème siècle avant J.-C) et sous l’impulsion du Shofet HanniBa’al[1] (Annibal, en translittération française défectueuse), dont le nom hébreu-cananéen signifie “Le Dieu Ba’al a pris en pitié“, une véritable “révolution démocratique directe” fut instaurée.

HanniBa’al fit voter par la seule Assemblée du Peuple un décret – sans le soumettre au Sénat -, limitant à un an la charge des membres du “Conseil des Cent” soutenu par une nouvelle oligarchie carthaginoise qui aspirait à rogner les droits de l’Assemblée constituante, citoyenne, et populaire initiale.

En cela, Hanni-Ba’al fit œuvre d’un homme d’Etat éclairé qui, lors de son périple militaire à travers les Pyrénées et les Alpes, libéra systématiquement les peuplades opprimées et esclavagisées par Rome.Et on peut à juste titre le considérer comme le père-fondateur de la démocratie directe et de la République moderne.

D’ailleurs, il est remarquable de constater combien la République romaine a emprunté à la République de Carthage, comme la présence de 2 Consuls à la tête de l’exécutif – 2 suffètes pour Carthage. Cependant, malgré plusieurs ressemblances, la Constitution carthaginoise a créé des institutions bien plus riches, comme le démontre Aristote dans son texte sur la Constitution de Carthage.

Ainsi, la Tunisie n’a pas simplement généré, comme c’est communément affirmé, la première Constitution du monde arabe, mais bien la première Constitution et la première République de l’histoire de l’humanité. Il faut par ailleurs relever qu’il s’agit aussi de la république la plus durable de l’histoire puisqu’elle a vécu 666 ans.

 

 

 

source: Abdelaziz Belkhoudja et David Belhassen 

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