Cet hommage d’un tunisien à Falikou Coulibaly vous émouvra aux larmes

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Tué à la Soukra, le président de l’Association des Ivoiriens de Tunisie Falikou Coulibaly a été victime d’un braqueur sanguinaire. Certains dénoncent un acte raciste horrible, d’autres la violence inouïe qui née au sein de la société tunisienne. Un commun accord atteste d’une montée de haine sans équivoque. Cet hommage d’un tunisien à Falikou Colibaly émeut la toile. Lisez !

Un texte de Farouk Zouhir

Je suis arrivé ici plein de rêves et d’espoir, fuyant un quotidien qui n’arrivait pas à se défaire de la misère. Certains veulent traverser la Méditerranée pour caresser l’Europe, moi j’ai rêvé ce pays où notre africanité se confondrait au progrès occidental, et j’ai pris la route vers le Nord du continent, seul, comme on marche vers son avenir. Las bas, me disais-je, je retrouverai la dignité dont ils ont fait leur slogan pendant la révolution citoyenne qu’ils ont mené, tout en continuant à admirer le rose des crépuscules africains. Je pourrai m’asseoir sur les bancs de l’université pour pouvoir respirer l’air du savoir dont on me prive chez moi. J’aurai la possibilité de guérir mes maux, si la maladie venait à faire fléchir mon corps. Je trouverai l’occasion d’utiliser la force de mes mains et de mon esprit pour gagner mon pain. Je trouverai tout ce qu’on me refuse chez moi, dans ce pays où l’on accueille les visiteurs un verre de thé dans une main et un bout de jasmin dans l’autre.

Quand ils ont commencé par me refuser un toit, j’ai pensé que j’étais mal tombé, et que ma chance tardait à venir. Puis j’ai vu les regards se détourner et des grimaces naître sur les visages quand je parlais, tout en me convainquant que les minorités nocives sont toujours les plus visibles. Mais quand j’ai commencé à essuyer les crachats, les insultes proférées à coup de « kahlouch », les moqueries et les cris de singe à mon passage, j’ai compris que je devais trouver la force en moi pour tenir, et continuer mon combat pour cette vie que j’ai choisi loin de mon village et des miens.

Je suis tombé un dimanche, par une belle soirée d’hiver africain. Quand la lame a traversé mon corps j’ai revu l’ocre de ma terre natale et senti le parfum du thé à la menthe que je buvais ici face à la mer. J’ai revu les visages de ces sœurs et ces frères qui, comme moi, ont marché vers le Nord salvateur. J’ai compris que ce n’était pas moi qu’on tuait, mais les rêves de tous ceux dont la rage de vivre brulait le cœur, et croyaient toujours que la douceur de ce pays briserait le sort que la vie a jeté sur notre destin.

RIP Falikou

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