Hydre féminine « لفعى بو سبعة ريوس » : d’où vient cette expression ?

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Toujours pour évoquer une femme malicieuse, une FLENA indomptable, une vraie لفعى بو سبعة ريوس, le recours à cette expression dans notre dialecte tunisien est fréquent.

En effet, plusieurs situations et comportements d’ordre social sont appréhendés en référence aux mythologies anciennes. Nous prononçons alors des expressions, des proverbes et des contes qui remontent à très longtemps sans pour autant en déceler l’origine.
Dans toute les civilisations, nous retrouvons ces histoires mythiques de bêtes à sept têtes y compris chez les Arabes qui possèdent dans leur culture populaire des histoires fabuleuses de héros qui affrontent des bêtes. Ces histoires servent le plus souvent à expliquer une morale.
En Tunisie, Il y a des histoires fantastiques répandues ici et là et qui se transmettent de génération en génération par le bouche-à-oreille, adulées surtout par la gent féminine. Influencée par les croyances des autres peuples de la région d’Afrique du Nord comme les Phéniciens, les Grecs et les Romains, plusieurs traces de la mythologie berbère ont été conservées surtout dans les zones rurales où les femmes privilégient la culture orale et enfantent les histoires mirifiques avec rigueur.

Dans la mythologie Grec, on retrouve la trace d’une figure masculine décrite en dragon à sept têtes appelé « L’hydre de lerne ». En référence à la culture Amazigh, nous retrouvons le dragon féminin talafsa (vipère – víbora – أفعى).
On raconte que cette bête hantait les forêts et les sources et détenait l’eau pour en priver toute une région, voir des villages et villes entières si l’on ne lui sacrifiait pas chaque année une jeune fille, qui soit la plus belle.
L’histoire énonce qu’un héros, afin de sauver une jeune fille et son village, s’est confronté à Talafsa. Cette dernière, cachant ses six têtes sous l’eau, elle le confronta avec une seule tête et lui cracha du venin avec une puissance inouîe jusqu’à ce que le héros perde une partie de son armature. Sans pour autant rebrousser chemin, et toujours aussi déterminé, d’un coup d’épée, il lui transperçât la tête en deux. Plus forte que jamais, Talafsa lui sortait sa deuxième tête, puis sa troisième….puis sa septième et dernière tête, qu’il arracha sans scrupule.
Le héros vainquît cette لفعى بو سبعة ريوس et fut alors glorifié par le roi.
L’Hydre féminisé est ainsi la personnification d’une féminité dévorante qui se veut avare, car dispensatrice de l’eau féconde, malfaisante et violente.

L’emploi de l’expression لفعى بو سبعة ريوس prend ainsi tout son sens.

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Attention aux Talafsa !

Lecture : Camille Lacoste-Dujardin, La vaillance des femmes. Relations entre femmes et hommes berbères de Kabylie

F.B.A

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