Il est client chez Abdallah… !

0 90

Ne dit-on pas que la meilleure façon de comprendre les normes sociétales c’est de les transgresser ?Alors parlons peu parlons tabou, parlons prostitution.

Il est clair que le ‘’plus vieux métier du monde ‘’ n’est pas des plus reposants,on n’entre pas dans le domaine de la prostitution comme on devient vendeuse chez Carrefour. Voilà à quoi ressemble la prostitution aujourd’hui ; Solution miracle pour certaines filles, entre les fins de mois très serrées, le besoin urgent d’avoir de l’argent.

« Solution miracle pour certaines filles,  entre les fins de mois très serrées, le besoin urgent d’avoir de l’argent »

Il n’existe pas vraiment de statistiques concrètes, il est donc difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène surtout que la prostitution clandestine et la prostitution estudiantine gagnent du terrain. Cependant il existe des maisons closes en Tunisie où les prostituées exercent sous la couverture de l’État et disposent d’une autorisation pour s’adonner à ce type de commerce avec un contrôle sanitaire et sécuritaire.Lamine, un client régulier chez Abdallah Gueche nous a ouvert la porte de son petit monde secret.Un peu gêné à l’idée d’être jugé, c’est après quelques minutes de conversation qu’il a rangé sa timidité « dans son pantalon » comme il l’a si bien dit :

’La première fois c’était par pure curiosité… Tout le monde en parle, fallait absolument que je mette des visages sur des mots ! L’endroit est un peu spécial, je ne savais pas si j’avais peur ou si j’avais juste envie de rire, c’était surement nerveux… Musique orientale et forte odeur d’encens, des filles peu habillées qui te draguent d’une façon assez particulière « Ah katouss, on a faim? C’est dix dinars le plat ! » Elles sont sympathiques ! (…Sourires) ‘’

Ces femmes qui travaillent ne mendient pas l’aumône et trouvent dans ce métier un gagne pain, Certaines disent même préférer le tapin au salaire de femme de ménage.

‘’ Pourquoi culpabiliser ou avoir honte après tout ? Ajoute Lamine. Si la femme en question assume son métier, je suis ravi d’être son client, et j’en suis devenu un, puisque j’y vais fréquemment maintenant ! C’est devenu mon petit moment de répit, surtout que je connais bien les filles ! Ce n’est pas pour rien qu’on les appelle « filles de joie » ! ‘’

Cette dévalorisation emboite un temps continu dans le parcours prostitutionnel, «le temps infini », le temps de l’étiquette, le temps du stigmate de la «catin» imposé par le regard de la société. Que ce soit dans la façon de leur parler ou d’en parler, la violence est là, toujours, elle rôde.

’Prostituée un jour, prostituée toujours !’’ Nous dit Lamine, visiblement très convaincu par ses propos.

Le client en particulier et la société en général, n’aborde le sujet de la prostitution que superficiellement. Personne ne se soucie vraiment des coulisses de ce monde dangereux : Maladies sexuellement transmissibles, choc psychologique, déchaînements des passants, vols, viols. Sachant que 47% des femmes tunisiennes sont victimes de violence, ces filles font-elles parties de ce chiffre, sont-elles considérées comme des femmes à part entière ?

A ce sujet Lamine continue avec une indifférence glaciale ‘’ Très sincèrement, sa vie personnelle ou son parcours sentimental ne me regardent pas, c’est aussi ça les risques du métier ! C’est un choix après tout, et elle doit assumer jusqu’au bout ! Moi je sors toujours couvert, c’est le plus important.. Je veux en avoir pour mon argent, après tout le client est roi ! ‘’

La rédemption d’une prostituée semble impossible, du premier jour où elle a été cataloguée comme produit de consommation, elle le demeurera toute sa vie, et sur sa tombe on écrira « Ex prostituée de Lamine » .

©E.C

 

Commentaires
Loading...