ISESCO : Tunis Capitale de la culture islamique pour 2019

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L’ISESCO ( Islamic Educational, Scientific and Cultural organization) organise un programme de la célébration  » Tunis, carrefour des civilisations et des cultures » le 20-21 mars 2019.

– Visite à la Médina, dont les monuments seront illuminés à cette occasion

– Spectacle au cœur de la Cité de la Culture.

Clôture : – Forum international sous le thème : « Kairouan 2009 – Tunis 2019, une décennie de dialogue interculturel : évaluation et perspectives »

 

Tunis, carrefour des civilisations et des cultures

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Un nouveau pôle urbain remplace Carthage

Capitale de la République Tunisienne, Tunis est située au nord-est du pays. Elle se compose de plusieurs régions urbaines telles que la Médina qui couvre environ 75 hectares et deux arrondissements qui naquissent au Moyen-âge, à savoir Bab Souika et Bab El Jazira, en plus d’un nombre croissant de faubourgs proches et lointains. Le Grand Tunis, qui compte également les gouvernorats de Tunis, Ariana, Manouba et Ben Arous, est peuplé par plus de 2,5 millions d’habitants, soit environ 25% de la population totale du pays, et considéré comme la principale métropole politique, économique et administrative de la Tunisie.
A travers l’histoire, Tunis fut un important centre commercial en régions méditerranée et maghrébine. Elle a été conquise en 82H/701 par le général arabe Hassan ibn Numan, qui en fit une base navale militaire afin de contrer les attaques des byzantins. Ibn Numan a édifié cette ville sur les vestiges d’un ancien village connu des noms de « Tunes » et de « Tarchich », le but étant d’en faire une première ligne de défense de Carthage. Dans une tentative de trouver une signification à ce nom en se fondant sur la linguistique arabe, les écrivains arabes disaient qu’il venait du fait que la compagnie des Musulmans s’était installée près du temple d’un moine chrétien et se réjouissait d’entendre sa voix, d’où le nom de « Tunis » [tu’nis]. Selon les sources arabes, Hassan ibn Numan, avait choisi Tunis pour sa proximité tant de Carthage, située à environ 16 km au Nord, que de la mer de Radés (Golfe de Tunis). Il établit ainsi un canal reliant la ville à la mer et y construisit un chantier naval doté d’une main d’œuvre provenant d’Egypte (durant le règne d’Abd Al-Aziz ibn Marwan), ce qui en fit un port maritime et un centre de la flotte islamique.
En remplaçant la ville ancienne de Carthage qui devint ainsi un petit village avec des carrières de marbre et de pierres et d’une importante saline, Tunis fut la principale ville du pays. Les sources arabes évoquaient désormais les « deux Egyptes » par allusion à Tunis et à Kairouan, celle-ci couvrant le centre et le sud du pays, tandis que Tunis couvrait principalement la zone du nord en général grâce à sa position géographique et sa richesse agricole, minière et artisanale, ce qui en fit une destination pour les riches arabes. Aussi la ville a-t-elle bénéficié de l’ancienne infrastructure urbaine, notamment du réseau routier (dont une partie fut d’origine romaine) qui la reliait aux différentes régions dont, entre autres, Kairouan, Bizerte, Béja, Tabarka, Le Kef et Tébessa.

Une mutation radicale sous le règne aghlabide

Tunis connut au IXe / IIIe H siècle une importante renaissance urbaine à l’époque des Aghlabides, avec en effet la construction de clôtures et la finalisation de la Grande Mosquée Zitouna par l’Emir Abu Ibrahim Ahmad (250 H – 864), qui devint un principal centre académique islamique non moins important que les mosquées de Kairouan, de Fès et de Cordoue. Par ailleurs, Tunis était l’un des principaux centres qui se révoltèrent à maintes occasions contre les gouverneurs de Kairouan ; citons comme exemple historique la révolution de Mansur Al-Tunbudhi contre les Aghlabides et était au point de les renverser en 824. Ainsi, la place de choix de Tunis lui permit de servir de capitale à chaque fois que la situation s’empirait à Kairouan, et d’être ainsi un second centre de pouvoir.

Tunis, important centre aux époques fatimide et ziride

Après le renversement des Aghlabides en 909 par les Fatimides chiites, Tunis connut une renaissance architecturale qui se poursuivit avec les Zirides ; ceux-ci laissèrent en héritage de nombreuses mosquées et édifices qui sont encore en place. C’est en effet aux Zirides que sont attribuées les adjonctions (documentées sous forme de gravures) introduites à la Mosquée Zitouna, notamment le hall, la coupole et les colonnades, de même que le Hammam El Grana, la Mosquée El Ichbili et autres monuments. Citons également l’érudit Mehrez Ibn Khalaf (m. en 1022), une des figures qui marquèrent l’histoire de la ville et qui, selon les sources historiques, fut connu pour sa forte opposition aux chiites en faveur des sunnites, pour sa proximité de l’Emir Al-Muizz ben Badis et pour sa défense des habitants de la ville, y compris les juifs. Il fut même le premier à les y avoir introduits après qu’ils étaient installés dans le quartier endémique de Mellassine.
Cependant, et à l’instar de l’ensemble d’Ifriqiya, Tunis fut touchée par la crise qu’engendra le règne des Zirides, ce qui donna lieu à l’invasion des Hilalides qui renversèrent la dynastie et la divisèrent en émirats régis par le sectarisme. Ainsi, Tunis connut l’émergence du petit Emirat des Banou Khourassan, sans doute la plus grande découverte de la région. A leur époque, Tunis devint la plus importante ville du pays, surtout avec les modifications et adjonctions, documentées par des panels de marbre, apportées à la Mosquée Zitouna, ainsi que l’émergence de nouveaux faubourgs et de somptueux palais dont celui des Khourassanides, édifié dans le faubourg de la Mosquée El Ksar et situé à l’emplacement actuel de Dar Hussein. Le Mausolée de Sidi Boukhrissane (du nom du fondateur de la dynastie) s’érige encore dans ce quartier, près de l’actuel restaurant Essaraya.

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Tunis, capitale des pays tunisien et arabe

Grâce à sa croissance sous les Khourassanides, Tunis fut élue dès 1159 par Abdelmoumen Ibn Ali Al Mouahidi, qui en fit son centre de pouvoir après avoir renversé les Normands chrétiens qui régnaient sur le pays depuis 1147. Cependant, Tunis ne devint capitale effective que lorsqu’Abou Zakariya El-Hafsi, gouverneur des Almohades, annonça son indépendance de cette dynastie maghrébine. C’est ainsi que la tribu amazighe masmoudienne des Banou Hafs (Hafsides) s’empara du pouvoir en faisant de Tunis le plus grand centre urbain du pays, qui s’étendait de Tripoli (ouest) jusqu’à Béjaïa (est). Tunis comptait alors plusieurs ethnies dont les Arabes, les Amazighs, les Andalous et autres groupes d’Orient, en plus des non Arabes et non Musulmans tels que les Aloujs, les Chrétiens et les Juifs, de même qu’elle développa des relations avec les différents pays de la Méditerranée, notamment en Europe. Il convient de citer également le port de Tunis, qui devint le plus important du sud de la Méditerranée grâce à son activité sans précédent, ainsi que les souks et métiers qui prospérèrent et permirent à la ville d’être réputée pour sa poterie, carrelage [zellij], métallurgie, menuiserie et maçonnerie, sans oublier la confection de la chéchia, le fameux couvre-chef tunisien. A noter cependant que l’étroite corrélation de Tunis avec l’Orient et sa position géographique privilégiée dans le monde arabo-islamique en firent une cible de la croisade menée par Louis IX en 1270.
Par ailleurs, Tunis connut une renaissance architecturale et culturelle importante avec l’édification d’écoles au début du XIVe siècle, telles que la Médersa Ech-Chamaiya, la plus ancienne d’Afrique du Nord, en plus de nombreux monuments qui attestent encore du règne des Hafsides. Il convient de citer également quelques célèbres érudits maghrébins tels qu’Ibn Khaldoun, Ibn Arafa et Ibn Asfour.
C’est à cette époque que naquirent les faubourgs autour de la ville tels que Bab Souika et Bab Jdid, ainsi que la Kasbah, siège du pouvoir jusqu’à nos jours. Aussi plusieurs riyads, vergers et manoirs environnants virent-ils le jour, dont notamment le verger Abou Fehr à Ariana, les manoirs de Ras Tabia, Le Bardo et La Marsa, habités jadis par les riches, les notables de l’Etat et les Sultans. Tunis fut ainsi la plus importante ville arabo-islamique, à l’instar des villes de l’Occident chrétien.

Tunis, eyalet ottomane distinguée et centre ouvert sur la civilisation mondiale

Suite à leur combat contre les Espagnols, les Ottomans prirent le contrôle de Tunis en 1574 et en firent capitale de leur eyalet (province), avant qu’elle ne passe sous la domination des Beys mouradites, puis sous celle des Husseinites, comme fut le cas pour les autres villes tunisiennes. En effet, Tunis fut l’une des grandes villes du Maghreb aux côtés d’Alger, Marrakech et Tripoli, et nombre de ses monuments et faubourgs remontent à l’époque ottomane, tels que La Carraca de La Goulette (Halq Al Wadi) et les mosquées respectives Hammouda Bacha, Youssef Dey, Sebbaghine et Hussein ibn Ali. Sous les Husseinites, de nouveaux souks virent le jour, de même que de somptueuses résidences qui appartenaient notamment aux dignitaires de la ville, dont certaines témoignent encore de cette époque florissante, et de manoirs qui prospéraient dans le cadre de ce que l’on appelait jadis les Saniyet.
L’ouverture de la ville sur l’Occident lui permit de bénéficier de grandes réformes aux fins de modernisation de l’Etat. C’est ainsi que naquirent entre autres l’école militaire du Bardo (1840), le Collège Sadiki (1875) et la Municipalité de Tunis (1858). En 1881, la ville tomba sous le protectorat français et vécut de nombreuses mutations architecturales dont notamment l’édification de la Ville européenne, en plus du mouvement national qui connut son apogée avec l’émergence de leaders tels qu’Abdelaziz Thâalbi, Habib Bourguiba et Mahmoud El Materi, etc. D’autres intellectuels émergèrent également et portèrent l’étendard de la libération nationale, tels que Tahar Haddad, Abou el Kacem Chebbi et Tahar Ben Achour.

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source : ISESCO website

 

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