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J’ai vécu le calvaire de l’héritage

J’ai vécu le calvaire de l’héritage

C’est une histoire que j’ai vécu après la mort de mon père, une expérience que tant d’autres tunisiens ont vécu. La guerre de l’héritage.

Même si le concept de la famille est sacré culturellement dans notre pays, les tribunaux sont pleins de dossiers prouvant que la famille tunisienne se fait souvent la guerre quand il s’agit de choses matérielles.

Mon père fut enterré dans son village natal, où nous avions une maison. Je dis nous avions, car ils ont pris les clés et mis des chiens pour qu’on ne puisse pas y entrer. Qui? Ma grand-mère et mes oncles .

Le deuil est douloureux et reste intime comme processus. La question de l’héritage arrive quant à elle, au moment où l’un des concernés agite le drapeau. Pour ma part c’était mon oncle. Le jour de l’enterrement de mon père, il avait pris ma mère à part pour lui parler de questions “urgentes”.  Vous pouvez dès lors, imaginer à quel genre de personne j’avais à faire. Ma sœur, plus jeune que moi était quant à elle, plongé dans la tristesse et ne se doutait pas un seul instant de ce qui se tramait .

J’étais le centre d’attention, j’avais compris ensuite que c’est parce que j’étais le fils et que j’avais la grosse part du gâteau. Je me suis rendu compte à quel point le patriarcat était ancré dans les tunisiens, ma sœur n’a pas reçu toute l’attention que j’avais reçu et pour la première fois je comprenais la colère des femmes qui ne pouvait pas aller à l’enterrement au cimetière. Il y avait dans l’atmosphère toute la lourdeur des traditions et du machisme de notre société. En quoi j’étais mieux que ma sœur ? En quoi nous sommes différents pour que je prenne plus qu’elle? pour que j’aie toutes ces attentions (hypocrites) ? 

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Les jours sont passés, la famille de mon père avait considéré que c’était le moment de commencer la parade des avocats. Il était clair qu’ils étaient pressés de faire les choses, vu l’âge de ma grand-mère seule héritière avec nous, du huitième de tout le  patrimoine.  Mon oncle avait un concept particulier du huitième : “même la cuillère avec laquelle vous mangez, nous avons droit à son 1/8

Un mois après, nous nous sommes retrouvés chez l’avocat, les paroles blessantes et la bassesse étaient d’augure, nous n’avions aucune légitimité à leurs yeux, nous étions des enfants de “Tunis”.

Et là, c’est de régionalisme qu’il s’agit, il prend tout son sens dans cette histoire. Le régionalisme c’est un regard qu’on vous lance ou une blague pas très drôle qu’on vous fait. C’est une manière de vous exclure parce que vous n’avez pas grandi ici ou que vous n’étiez pas à la hauteur de vos racines. Il n’y a pas que l’état qui a fait que les régions intérieures n’évoluent pas, c’est aussi la mentalité qui y règne.

Aujourd’hui ça fait plus d’un an que nous sommes en guerre, ils ont déposé trois plaintes contre nous, les enfants de leur frère, ils veulent plus, toujours plus encore. Je voudrais à travers cette histoire, raconter une expérience qui je sais touche et touchera tout le monde un jour. Il ne faut pas avoir peur de se poser les bonnes questions pour éviter à vos enfants, surtout s’ils sont jeunes, comme moi et ma sœur, les problèmes.

En Tunisie il n’y a pas de testament, mais vous pouvez aller enregistrer les biens au noms de vos enfants. Vous n’êtes pas obligé de le dire à quelqu’un, seulement à un avocat. La mort a pris mon père à l’âge de 55 ans. Il ne fumait pas, ne buvait pas et faisait du sport. Il n’y a pas de filet de sécurité dans cette vie, alors au moins faite tenir vos enfants loin du vide .

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