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Le témoignage poignant d’une jeune pharmacienne tunisienne face au Covid-19

Le témoignage poignant d’une jeune pharmacienne tunisienne face au Covid-19

Tous les jours des centaines de personnes qui travaillent dans le corps médical, mettent leur vie en péril a fin d’aider celle d’autre. Du chef de service, en allant vers les infirmiers tout en comptant ces pharmaciens, tout le monde est main dans la main afin de lutter avec les moyens du bord contre ce virus qui se propage assez rapidement sans crier garde. Pour remercier du mieux que l’on peut, nous avons décidé de publier le témoignage d’un jeune pharmacienne tunisienne qui telle une guerrière se bat sans casque ni armure contre ce Covid-19 un adversaire de taille.

« Triste réalité…

Je suis pharmacien(ne). Chaque matin je me dis cette phrase quand je pars à la pharmacie. Chaque matin j’ai BESOIN de me la répéter. J’ai choisi d’accompagner les patients dans le traitement de leurs maux et leurs maladies. J’en assume aujourd’hui, en pleine épidémie de corona virus toutes les conséquences. S’il ne doit rester qu’une personne dans la pharmacie à servir les patients, je serai celle-là. J’irai au bout de mes convictions et de ma volonté d’aider les malades.

Oui mais voilà, aujourd’hui cette vocation est un fardeau terrible à porter. Je dois dire non à des patients, je dois refuser leurs appels à l’aide au comptoir. Je ne peux pas fournir des des masques, de l’atrovent, même le paracetamol commence à manquer. Moi qui souhaite accompagner ces malades je dois leur dire que je ne peux pas les aider. Je dois encaisser leur colère, mais aussi leur déception et la peur dans leur regard. Chacun de ces regard est un coup de poignard pour moi. Je me sens responsable de ces ruptures d’approvisionnement, comme si je les laissais seuls et sans défense face à cette maladie.

Je suis pharmacien(ne) et pour la première fois de ma vie j’ai peur. J’ai peur pour mon équipe, solidaire et volontaire, mais elle aussi exposée à ce virus mortel. J’ai besoin d’elle pour servir au mieux les clients mais ce faisant je les mets en danger et je m’en sens responsable, coupable.

Mais ce qui est le plus dur à supporter aujourd’hui, c’est que je mets ma famille en danger. Ma moitié et mes enfants sont aujourd’hui confinés, comme tous les citoyens. Ils ne sortent quasiment pas, ne côtoient personnes. Ils sont en sécurité. Sans moi dans le foyer, ils ne risquent rien. Sans moi dans leur vie ils passeront cette période sans encombres.

JE suis leur risque le plus important.

Je suis celui qui pourrait être responsable de leur contamination, voire de leur mort. Ce constat effroyable ne me quitte jamais. J’ai besoin d’eux, ils sont mes piliers, ma raison de vivre, et je les mets en danger de mort. Qui peut vivre avec ce paradoxe à supporter ? Il me hante à chaque instant.

Aujourd’hui j’ai peur pour tous ceux qui m’entourent : patients, employés et famille. Je vivrai avec cette angoisse ancrée au plus profond de moi jusqu’à la fin de cette épidémie. Car je continuerai, chaque matin, à me rendre dans ma pharmacie en me répétant une phrase : je suis pharmacien(ne).

Une pensée profonde à ses piliers souvent oubliés mais qui sans eux rien ne pourraient couler de source et nous aider petit à petit à dire stop à ce calvaire. 

© WEPOST TEAM

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