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Nessim Soltani une grande leçon pour les élites de ce pays

Nessim Soltani une grande leçon pour les élites de ce pays

Nessim Soltani, cousin du petit berger de 16 ans Mabrouk Soltani, assassiné lâchement par les monstres que tout le monde connait, fut assassiné une deuxième fois, quand faute de réactivité de l’Etat, sa tête fut mise dans le frigo de sa mère, pendant que son corps se trouvait dans la montagne, où enfant il courait et où hier il pourrissait.

L’intervention du cousin sur Nessma, devrait être enseignée dans les écoles et diffusée chaque matin sur toutes les télés. Un plaidoyer historique, un constat cru, sincère et émouvant sur ce que l’état Tunisien, a infligé à ces tunisiens oubliés, bafoués, ignorés. Des tunisiens qui ne vivent pas dignement mais qui survivent péniblement au jour le jour, ou du moins, font de leur mieux pour ne pas périr. Son témoignage est mieux que cent discours, cent études. Il établit avec ses mots et en se basant sur sa vie, les plus grands échecs de l’Etat Tunisien: Une vraie leçon de vie.

Fallait-il en arriver là, pour comprendre que la misère est aussi pénible au soleil ? Fallait-il que le désespoir soit tel, pour que Nessim, émeuve en 15 min toute la Tunisie ?

Copy of LE HARD ROCK CAFE SUR LE POINT D’OUVRIR CINQ ÉTABLISSEMENTS EN TUNISIE (1)

Retour sur les points les plus marquants de son discours :

-L’éducation  “Je suis un ignorant , je ne sais même pas comment parler(…) Je n’ai connu les frontières tunisiennes avec la Lybie et L’Algérie que dernièrement, quand je vois un élève mon cœur se déchire “  il continue : “Je travaille pour payer l’école à mes frères et sœurs, je n’ai pu leur offrir que des cahiers, il se font frapper frapper frapper par l’instituteur, exclure…”

La pauvreté c’est aussi la déscolarisation, à noter que les statistiques du ministère de l’Education annoncent que 360 mille élèves âgés entre 6 et 18 ans n’ont pas entamé leurs études.

Rappelons que punir un élève parce qu’il n’a pas les moyens d’acheter des livres est aussi interdit que de le toucher physiquement ou de le frapper. De plus punir un élève impuissant face à sa pauvreté relève d’une lâcheté et d’un manque de pédagogie indéniables. Combien d’études y’a t-il sur la nécessité et l’importance des écoles? Combien de villages sont concernés ? Personne ne le sait. Le point du départ du problème est l’instituteur qui a été mal formé, puis vient le ministère de l’éducation qui est visiblement très préoccupé par les écoles des grandes villes, oubliant ainsi que des enfants sont malmenés ailleurs, notamment dans les régions intérieures.

“Ma nationalité, je ne la ressens  et la voit que sur ma carte d’identité”:  Il ne sait pas comment voter. Dans sa région, il n’a jamais vu de responsables politiques de sa vie. Dans sa région, les habitants n’ont ni eau potable, ni routes. 200 familles dans la nécessité la plus totale. 200 familles qui ne disposent même pas de la qualité minimale de biens et de services permettant une vie normale. En quoi sont-ils tunisiens? Quels sont leur droits?  En réalité, les 11 millions de tunisiens se posent la question. Et pourtant à cette Tunisie qui lui a tout pris, il est prêt à se sacrifier. Comme la majorité des tunisiens.

Sécurité nationale :

-“Ils sont là depuis Ramadan, dans les montagnes. Ils sont une vingtaine de personnes armées. On a été menacés par le terrorisme! Mabrouk les a rencontré dans les montagnes et l’Etat savait qu’il y avait des terroristes”  On a surement dû confondre ces gens là avec des sportifs et des randonneurs. En clair des hommes armés ont eu le temps de s’installer, d’établir un circuit morbide dans les montagnes depuis des mois sans aucune réaction du gouvernement.

-“Il ne faut pas quitter les villages, c’est ce qu’ils veulent.”  Alors que d’autres seraient partis, Nessim Mabrouk a compris que les villages étaient une protection. Partir serait leur laisser du terrain pour évoluer. Il continue “Pourquoi avoir enlevé la caserne qu’il y avait” Oui pourquoi  après tout? C’est une erreur stratégique concernant la sécurité nationale! ” Ouvrez la caserne, autrement nous nous vengerons dans les montagnes et si ce n’est pas au sein de l’armée, nous le ferons seuls, de nos propres mains, tous les hommes du village sont prêts à mourir, est-ce normal que l’armée fuit devant le terrorisme ?! Que meut un million de tunisiens pour que dix millions vivent en paix!”  Des jeunes gens, qui demandent à participer à la guerre contre le terrorisme, qui demandent à se battre pour la paix et pour les couleurs de leur drapeau, pour un pays qui ne leur a rien donné finalement.  Si rien ne se fait, ce sera la preuve qu’il n’y a aucune volonté politique.

-“Ils peuvent nous acheter s’ils veulent, oui ils le peuvent !” Point capital du discours de Nessim, il dévoile avec une simplicité incroyable, ce qui a envoyé la majorité de nos jeunes en Syrie et ce qui les poussent à tuer et à couper des têtes. Nessim le dit en levant le doigt vers Dieu, il a touché au sacré que certains ont politisé et qui est prétexte pour certains à l’ignorance. Il l’a fait  sur une télé à une heure de grande écoute , dans un pays arabe, il a défi le sacré. Que des apprentis terroristes puissent être recrutés dans les classes défavorisées, est un fait. Il faut croire que quand on sème le désespoir on récolte fatalement la violence, le terrorisme. Nous ne gagnerons pas la guerre contre le terrorisme tant que nous ne nous serons pas attaqués au problème de la pauvreté, et, partant, aux sources du mécontentement.

Nessim n’a pas parlé que de ces points, il a parlé de tout :  des médias, des femmes, de la santé publique, de l’urbanisme, de la colère et de la mort. Le regard plein de tristesse, la voix tremblante mais entourée d’une lumière, celle d’un soldat, un vrai soldat de la Tunisie. Une leçon pour les élites, pour ceux qui ont trouvé que l’intervention de Nessim Mabouk était trop populiste, alarmiste, misérabiliste. Ces mêmes personnes qui analysent sans trop savoir pourquoi.

Thomas d’Aquin disait déjà qu’un minimum de bien-être est nécessaire à l’exercice de la vertu.

Ecouter et se taire. Agir et éduquer. Respecter et aimer.

 

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