Quand les femmes se coupèrent les cheveux pour sauver Carthage

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Publié sur le blog compediart par l’auteur Eloise,cet essai revient sur des faits historiques plutôt étonnants marquant davantage la place des femmes au sein d’une civilisation qui n’est pas prête de mourir car animée par le souffle féminin.

Retour aujourd’hui sur la disparition brutale d’une des civilisations les plus brillantes de l’Antiquité, Carthage, et comment ses habitants se défendirent jusqu’au bout…

Fondée en 814 avant Jésus-Christ par les Phéniciens (originaires du Liban) au Nord de l’actuelle Tunisie, Carthage se développa rapidement comme un carrefour commercial et culturel important et devint la troisième plus grande cité de l’Antiquité après Rome et Athènes, profitant de sa situation géographique de ville portuaire isolée sur la côte nord-africaine pour étendre sa domination dans le pourtour méditerranéen sur le Sud de l’Espagne, la Corse, la Sardaigne, les Baléares et la Sicile. Mais le rayonnement de Carthage ne manqua pas d’attirer les convoitises des cités voisines, dont au premier chef la puissante Rome. La première guerre punique, entre 264 et 221 avant Jésus-Christ, opposa Rome et Carthage, menée par le général Hamilcar Barca, pour la possession de la Sicile, récupérée par Rome avec la Sardaigne au terme du conflit, et inspira d’ailleurs des siècles plus tard à Gustave Flaubert le sujet de son roman Salammbô. La seconde guerre punique, initiée par le fils d’Hamilcar, le célèbre Hannibal, dura de 218 à 201 avant Jésus-Christ et vit à nouveau les Romains se confronter aux Carthaginois, cette fois-ci au sujet de l’Espagne. Bien que marquée par les exploits d’Hannibal, qui traversa les Pyrénées, le Rhône et les Alpes avec ses éléphants pour tenter d’attaquer Rome, le conflit se solda par une nouvelle victoire de Rome qui imposa ses conditions de paix aux Carthaginois, les plaçant sous tutelle militaire et leur interdisant de prendre les armes sans son aval même en cas d’attaque.

Néanmoins, malgré la défaite, Carthage était loin d’être anéantie. Au contraire, la cité prospéra plus que jamais dans les décennies qui suivirent, devenant un foyer culturel inestimable et accumulant les richesses, ce qui ne passa pas inaperçu aux yeux de ses voisins les plus proches, les Numides du roi Massinissa, allié de longue date des Romains ayant combattu à leurs côtés lors de la 2ème guerre punique, qui engagèrent une série d’expéditions contre la ville. Carthage fit à chaque fois appel à Rome pour arbitrer le conflit, ne pouvant se défendre seule en vertu du traité, mais la république romaine était en vérité bien peu encline à assurer la protection de la ville, dont elle jalousait la prospérité de façon maladive, et se contenta d’envoyer de vagues avertissements aux Numides, sans même leur demander de restituer les terres dont ils s’étaient emparés.  Finalement, la dernière attaque numide, en – 149, fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase pour Carthage, qui se défendit cette fois-ci seule malgré l’interdiction qui lui en avait été faite. Les Romains, rongés par la haine qu’ils vouaient à Carthage et le désir de voir disparaître cette rivale éclipsant leur propre grandeur, n’attendaient en réalité que cela pour crier au casus belli et déclencher la 3ème guerre punique. L’animosité du Sénat romain contre  Carthage à cette période se traduit par la célèbre locution prononcée par Caton l’Ancien pour ponctuer chacun de ses discours,  « Delenda est Carthago« , qui montre la détermination de certains à détruire la ville. Rome demanda dans un premier temps à Carthage de lui livrer toutes ses armes, et la ville s’exécuta en faisant parvenir à Rome 200 000 armures, 2000 catapultes et tous ses vaisseaux . Pourtant, la cité romaine lui tendait en réalité un piège machiavélique et, profitant des armes ainsi livrées, elle embarqua une flotte de 80 000 volontaires pour assiéger la ville.

Arrivés aux portes de la ville, Rome demanda sa reddition et somma les Carthaginois de la quitter immédiatement pour s’installer dans les terres et y mener une existence agricole, mais les habitants, attachés aux temples et autels religieux qu’ils y avaient fait dresser, se refusèrent à abandonner celle-ci aux mains de l’ennemi. Prise de court et désarmée, Carthage organise promptement sa défense face à l’armée romaine, mobilisant tous les moyens qui pouvaient l’être. Les esclaves, traditionnellement considérés comme impropres à tenir les armes et indignes de combattre, sont réquisitionnés,  les temples, les palais et les places publiques sont transformés en ateliers dans lesquels  femmes, vieillards et enfants travaillent jour et nuit, une flotte est même construite à partir des poutres des maisons et de bijoux fondus. Le chanvre venant à manquer pour fabriquer les cordes des arcs, les Carthaginois demandèrent aux femmes de la ville de couper leurs longues chevelures pour en faire de la corde, et celles-ci s’exécutèrent de bonne grâce. Bien que déjà pratiqué dans d’autres conflits pendant l’Antiquité, cet épisode rapporté par l’historien grec Appien illustre le combat acharné que les deux puissances s’apprêtaient à se livrer.

Après un premier assaut repoussé par les troupes carthaginoises, Rome, à laquelle se sont ralliées plusieurs populations voisines, entame le long siège de la ville dont elle occupe les ports pour l’empêcher de se défendre par les voies maritimes. Carthage se défend bec et ongles contre les Romains qui l’encerclent et envoie une délégation armée dans les provinces extérieures harceler les villes ralliées à Rome pour empêcher les communications ennemies. A l’arrivée du nouveau consul Scipion Emilien, en -147, les Romains engagent une nouvelle tactique, décidant de couper toutes les voies d’accès à la cité pour l’isoler et ainsi l’affaiblir. En guise de représailles, le général carthaginois Hasdrubal fait subir les pires supplices aux prisonniers romains, leur arrachant les yeux, la langue, le tendon et les organes sexuels, leur faisant lacérer la plante des pieds ou couper les doigts avant de les jeter vivants du haut des remparts.

Cet épisode scelle la descente aux Enfers de Carthage, désormais abandonnée à son sort. Rome parvient finalement à occuper l’avant-port de la ville et les Carthaginois se retranchent près de la  colline de Byrsa, y compris le général Hasdrubal et sa famille qui s’installent au temple d’Eshmoun situé en hauteur. L’assaut final est lancé au début du printemps 146, après 3 ans de siège. Scipion Emilien incendie d’abord les docks du port militaire avant de prendre la ville basse et d’encercler Byrsa avec ses troupes. Face à la résistance des hauts immeubles situés à l’entrée de la ville, il décide d’incendier celle-ci, décimant ses habitants dans des scènes d’une horreur apocalyptique rapportées par Appien. 50 000 carthaginois se rendent, sauvant ainsi leur vie pour être aussitôt capturés et réduits en esclavage, et Hasdrubal se rend à l’ennemi, implorant d’être épargné. Face à ce qu’elle considère comme une lâcheté impardonnable de la part de son mari, son épouse fait alors allumer un grand bûcher sur la terrasse qui surplombe le temple. Après avoir maudit Hasdrubal, elle se jette dans les flammes avec ses enfants et les quelques milliers d’hommes qui refusent de voir leur ville disparaître. Quant à Hasdrubal, il sera ramené à Rome pour le triomphe de Scipien, avant d’être relâché et de mourir en homme libre en Italie.

Carthage et ses constructions brûlèrent pendant 6 jours, aboutissant à la destruction complète de la ville de laquelle ne subsistent aujourd’hui que des ruines.

 

 

Texte par Eloise dans On n’Est Pas des Lumières, consacré à l’art, l’histoire et la culture!

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