Tahar Ben Ammar, l’homme qui signa le protocole d’indépendance de la Tunisie

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Des faits historiques, étayés par des archives inédites, nous éclaire sur l’humiliation subie par Tahar Ben Ammar suite à son refus de témoigner contre le bey déchu, Lamine Bey. Ce procès fait de motifs fallacieux sera contesté par plusieurs figures politiques dont Plusieurs figures politiques, dont Mohamed Masmoudi, Chedly Zouiten, Pierre Mendès France, Edgar Faure et Pierre July. 

L’homme qui signa le protocole d’indépendance à Paris le 20 mars avec Christian Pineau, va être déféré devant la haute cour de justice en 1958, alors qu’il était député, pour malversation fiscale, recel de bijoux appartenant à la famille beylicale et hostilité à l’ordre nouveau. Le déclenchement : son refus de témoigner contre Lamine Bey.

Dans ce montage judiciaire orchestré par Bourguiba, on trouve tous les ingrédients du cynisme politique par excellence : procès unique, une arrestation en contradiction avec l’immunité dont jouissait tout député puisqu’il n’y avait aucun flagrant délit pour le chef d’accusation de recel des bijoux de la famille beylicale. Et le comble, une cour qui agissait au mépris du droit, vu que la prescription de l’action de l’administration fiscale comme en témoigne l’expert Zorgati :

Je soussigné Ahmed Zorgati demeurant à(………) désigné en ma qualité d’inspecteur des finances par la Haute Cour de justice, jugeant feu Tahar Ben Ammar pour un contrôle fiscal couvrant une période de 20 ans, j’ai procédé aux investigations qui m’ont été demandées, selon les méthodes et conclusions, qui m’ont été imposées par les instructions impératives que je devais ainsi strictement observer, de la hiérarchie administrative. Je devais notamment écarter la prescription pourtant acquise comme je le signalais au Président de la Cour en réponse à la question qu’il me posait à ce sujet, avec l’angoisse et la peur des conséquences qu’elle était susceptibles d’entraîner pour moi, et ignorer la comptabilité pourtant régulière présentée par feu Tahar Ben Ammar …

Ahmed Zorgati le 28 avril 2007

La Haute Cour se contenta d’une condamnation à une amende fiscale mais qui est aussi illégale. Ce procès express a entaché les accomplissements d’un des artisans de l’indépendance et engendra une souffrance de 5 mois d’emprisonnement qui anticipent son retrait de la vie publique.

Une relecture de l’histoire officielle s’impose doublement : pour réhabiliter un personnage sacrifié sur l’autel du cynisme politique et pour un devoir de mémoire collective.

 

 

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