Youpost : les demeures beylicales en Tunisie

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Fidèle à son amour pour le patrimoine et l’histoire de la Tunisie, Khaled Hizem revient cette fois avec un récit sur les beys et leurs demeures.

 

La monarchie tunisienne husseinite, dont les dix-neuf Beys régnèrent de 1705 à 1957, se caractérisait par l’existence de nombreux palais. Une tradition voulait que, lors de son accession au trône, le nouveau Bey n’habitait pas le palais de son prédécesseur.

Ces cinq illustrations représentent quatre résidences beylicales, dans lesquelles les souverains tunisiens séjournèrent aux XIXe et XXe siècles. La première photographie, datée des années 1910, montre Naceur Bey (1906-1922) descendant les marches de l’escalier des lions de l’aile cérémonielle du palais du Bardo, entouré d’une foule de hauts dignitaires, et s’apprêtant à monter dans son carrosse. Cette aile, renfermant les salles du trône et d’audience, abrite de nos jours l’Assemblée des représentants du peuple (parlement tunisien).

Les deuxième et troisième images, remontant respectivement à 1904 et 1905, permettent de voir les intérieurs du palais de Ksar Saïd (voisin du palais du Bardo) sous le règne de Mohamed El-Hédi Bey (1902-1906). Le patio couvert et le grand salon, situés au premier étage, associent, dans leur décoration, les arts locaux et une forte influence européenne, en particulier italienne. Actuellement, C’est dans le grand salon (appelé aussi salon du traité) que fut signé le traité du Bardo, établissant le protectorat français en Tunisie, le 12 mai 1881. Le palais de Ksar Saïd, qui fut également la résidence favorite de Sadok Bey (1859-1882), est actuellement une dépendance de l’Institut national du patrimoine.

La quatrième photographie illustre la façade principale du palais Dar al-Taj à La Marsa. Celui-ci, qui fut la résidence de plusieurs monarques, dont Mohamed Bey (1855-1859) et Ali Bey III (1882-1902), se signalait aussi bien par son ampleur, que par l’influence occidentale caractérisant son architecture, à l’image du palais de Ksar Saïd. Contrairement à ce dernier, qui nous est parvenu intact (mais nécessitant d’importants travaux de restauration), Dar al-Taj fut démoli en 1958-1959. Si sa destruction est regrettable, la Tunisie possède toujours un remarquable ensemble de palais beylicaux, étalés du XVIIIe siècle, comme le magnifique palais de la Rose à Manouba, au XXe siècle, à l’instar des palais Naceur Bey à Sidi Bou Saïd et Essaâda à La Marsa.

Le cinquième cliché, daté de la fin des années 1950, montre l’entrée du palais beylical de Carthage, lequel fut la résidence préférée de Lamine Bey (1943-1957), dernier souverain de la Tunisie. C’est dans ce palais que Pierre Mendès-France, le chef du gouvernement français, rencontra le monarque, le 31 juillet 1954, pour reconnaître l’autonomie interne du pays, étape décisive avant l’indépendance, proclamée le 20 mars 1956. Cet édifice, dont l’aspect extérieur et intérieur n’a que peu changé depuis l’époque de Lamine Bey, accueille, depuis 1983, l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts.

La plupart des palais beylicaux ne sont pas ouverts au grand public, à l’exception de l’aile privée du palais du Bardo, devenue, depuis 1888, le premier et le plus important musée tunisien, et du palais de la Rose à Manouba, converti en musée militaire. Exceptionnellement, le palais de Ksar Saïd fut accessible à tous lors de l’exposition « L’éveil d’une nation », entre le 27 novembre 2016 et le 1er mars 2017.

(par M. Khaled Hizem)

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