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Bayrem Ettounsi, le roi du poème populaire

Bayrem Ettounsi, le roi du poème populaire

“Ana fintidharek”, “Al oula fel gharam”, “Chams el assil” et “Habibi yessaad awqatou”… des chefs d’œuvre d’Oum Kalthoum qui ont chaviré les cœurs des mélomanes. Le génie de ces chefs d’œuvre est dû non seulement au travail des compositeurs émérites mais aussi aux magnifiques paroles d’un certain Mahmoud Bayram Ettounsi, poète oublié de l’histoire tunisienne et arabe.

De son vrai nom Mahmoud Mohamed Mostapha Bayrem Al Hariri, Bayrem Ettounsi est un poète et compositeur égyptien de nationalité et tunisien d’origine et de cœur. Il forma avec son compagnon, le musicien Zakaria Ahmed, un tandem au service de la chanteuse Oum Kalthoum et écrit les paroles de près de 500 chansons.

La puissance du verbe beyramien a été telle que le prince des poètes, Ahmed Chawky, exprima un jour la crainte que lui inspire l’attrait magique exercé par le Zajal de notre poète, en disant: «J’ai peur pour notre langue de Bayram, sa formidable habileté à s’exprimer en arabe dialectal à propos de tous les aspects de la vie, avec une grande facilité a amené les gens à fredonner ses vers. Cet attrait peut amener les plus jeunes à suivre son exemple, alors que nous avons grand besoin de protéger et de conforter l’arabe littéraire».

Bayrem s’initia à l’art de la poésie en écoutant des présentations orales sous la forme de Zajal. En 1919, année de la première Révolution égyptienne, il commence à publier ses poèmes en semi-clandestinité dans des magazines comme Al Massalla et Al Khazouk. Ces ballades satiriques, basées sur la forme traditionnelle du Zajal, sont critiques à la fois de l’occupation britannique et de la monarchie égyptienne qu’il assimile à une marionnette, ce qui conduit à son exil d’Égypte. La décision de l’exil a été prise le 25 août 1920 en raison de la composition par Bayram Ettounsi d’un poème en arabe dialectal intitulé «Al qaraâ assoltani» (Le matraquage du Sultan) où il porte atteinte à l’honneur du Roi Ahmed Fouad et de sa femme la Reine Nazli. Il passa alors 18 and d’exil dans la pauvreté, la misère matérielle est spirituelle en France. Entre Paris et Lyon, il a survécu grâce à de menus subsides, travaillant dans plusieurs usines d’acier, de biscuit, de bière… Ses revenus ne lui permettaient pas de manger à sa faim.

En 1932, il est expulsé vers la Tunisie dans le cadre de renvois d’étrangers. Toutefois, les autorités coloniales françaises l’expulsent à nouveau en raison de ses poèmes critiquant leur présence. Après un séjour dans un pays africain, il revient en Égypte en 1938 : il monte dans un bateau en passager clandestin pour arriver à Port-Saïd d’où il prend le premier train pour Le Caire. À la nouvelle de son retour au pays, ses amis dont le poète Kamel Chenaoui prient le nouveau roi Farouk de lui accorder sa clémence.

Rihab Hafidhi

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