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Des lycéennes tunisiennes parlent femme et féminisme

Des lycéennes tunisiennes parlent femme et féminisme

C’est devant un lycée qu’il fallait évidement aller pour avoir l’avis des jeunes filles tunisiennes sur le féminisme et sur des sujets qui ont toujours été liés à ce mouvement. Un mouvement sur lequel les avis sont partagés.

Plusieurs paramètres poussent à croire, qu’il s’agit d’un sujet d’actualité en vu du  manque de parité dans le gouvernement Essid. Les chiffres concernant le nombre de femmes dans le monde de l’entreprise, et l’instrumentalisation de la femme ‘’tunisienne’’ par les politiques, notamment Mohsen Marzouk dans son nouveau parti, mais aussi au sein des médias étrangers.

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5 jeunes filles, entre 16 et 17 ans nous parlent de féminisme. A la question qu’est-ce-que le féminisme?Les réponses étaient peu claires. Aucune d’elles ne pouvait donner une réponse précise. Elles ne savent pas réellement ce qu’est le féminisme, tout comme elles ne connaissent pas d’auteur féminin, et n’ont aucun modèle d’influence féminine, sauf celui de  leur mère.

Sabrina a 17 ans. Elle est la plus éveillée et la plus naturelle des 5 jeunes filles;

Il y a une grande différence entre les filles et les garçons, rien que pour le port du tablier. On nous oblige à le porter pour cacher nos formes, pour que les mecs ne se rincent pas l’œil, et déjà on commence à remarquer le coté macho chez mes camarades (les garçons). Nos tabliers sont très courts et toujours déboutonnés. Ils ne servent pas vraiment à grand chose. Les profs en portent mais pas les garçons!

Héla 17 ans, veut devenir hôtesse de l’air. Elle semble être assez conservatrice comparée aux jeunes filles présentes.

C’est clair qu’il y a une différence. A la maison, mon frère et moi ne sommes traités de la même façon.. A force je trouve ça normal qu’il ne lave pas son assiette ou qu’il ne range pas sa chambre. Ma mère lui cède ces faveurs en pensant qu’il n’est pas cabale de les faire tout seul

Les tâches ménagères dans les foyers tunisiens, un sujet rarement abordé et délaissé mais qui est pourtant révélateur des mœurs patriarcales dans notre société. Une grande majorité des mères par exemple considèrent choquant de voir leurs fils faire la vaisselle ou laver le linge, à croire que ce n’est pas à eux de le faire. Ces mères lèguent à leurs enfants le classement des genres le cliché de la femme à la cuisine, et de l’homme qui travaille et qui se fait servir à la maison. Cette définition des genres agit sur les convictions et les propos des jeunes filles et des jeunes garçons.

Très vite, on aborde le sujet d’ Amina des Femens. Les réactions sont moins violentes que prévu. L’action menée par Amina n’est pas vraiment analysée mais son physique, si. Le débat devient moralisateur, et le mot « mentalité  » prend enfin place dans la discussion. « Il est normal que des actions comme celles d’Amina existent en Europe mais pas chez nous. » dit l’une des jeunes filles.

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, on enchaine sur une comparaison avec la chanteuse orientale Haifa Wahbi et Amina de Femen, l’utilisation du corps comme instrument de « militantisme » ou de « divertissement ». Quel est le plus acceptable pour ces jeunes filles ?  Héla, qui est la plus stricte, considère que Haifa Wahbi fait son travail, qui consiste à provoquer le désir. C’est du divertissement . On peut comprendre que le coté malsain de la « mentalité  » s’arrête au moment où le corps d’une femme, par un consensus inter-arabe, est considéré comme un objet de désir, et ça ne choque personne. « L’autre, dit Héla en parlant des Femen, c’est vulgaire ,insultant, et ne correspond pas à nos valeurs. »

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Concernant d’autres sujets, comme l’avortement, les jeunes lycéennes affirment avec une conviction imposée, comme dans un réflexe pavlovien, qu’elles sont contre, pour ensuite se reprendre :

Si un jour ma fille le fait, je me dirais que j’ai raté son éducation, et que je n’ai pas su la préserver.

Moi, je ne suis pas contre, pour dans certains cas, comme le viol. Mais je ne vois pas pourquoi des femmes avortent si toutes les conditions sont réunies pour garder l’enfant, c’est un avortement de confort ni plus ni moins. Si jamais ça arrive à ma propre fille, je serais présente pour elle. Je ne la renierai pas (rire) mais je ne cautionnerai pas non plus.

Elles parlent toutes de «  erreur », en faisant référence à l’acte sexuel, sans réellement le penser. Dans le langage , la sexualité dans les pays arabes en général est synonyme de « erreur » « dérive » « moment d’inconscience », une définition qui est dépassée, mais qui perdure dans le lexique et par conséquent dans les esprits.

 

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Il y a seulement 3 ministres femmes pour 30 ministères  dans le gouvernement de Essid. Les jeunes filles sont conscientes de ce point là.

Les femmes tunisiennes, en politique, sont plus efficaces et plus intransigeantes que les hommes. Le fait qu’il n’y ait pas plus de femmes dans les postes importants relève du machisme. Ils pensent peut-être qu’elle aura du mal à gérer les situations extrêmes.

Ce qui ressort en premier de cette discussion avec des jeunes filles de 16 et 17 ans, c’est d’abord une évolution des moeurs sur plusieurs sujets, comme; la place de la femme dans le milieu entrepreneurial ou politique, la sexualité, l’homosexualité. D’ailleurs, la majorité des filles présentes ont affirmé ne rien avoir contre l’homosexualité. Aussi, il était surprenant de noter que toutes ces jeunes filles préféreraient vivre à l’étranger, ou se marier avec un étranger, toujours pour échapper à la fameuse « mentalité » Tunisienne.

Source: Youmag

Rym haddad

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