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Djerba : Histoire d’un habit, le “Dhomiati”

Djerba : Histoire d’un habit, le “Dhomiati”

Le Youpost du jour par Adel Besour qui a partagé l’histoire d’un habit typique de Djerba !

Oh combien !

Oh combien j’ai été collant à cet habit, tenant fort à son bout par peur de se perdre dans les souks, pour se cacher des regards d’adultes qui ne me plaisaient point et pour demander pardon, sans rien divulguer, pour une bêtise commise et non encore découverte. Ou tout simplement pour me rassurer, sentir ma mère et être dans le confort de son corps généreux, protecteur et aimant.

Tenez-vous, cet habit me provient de l’ancienne Egypte, de l’Egypte Pharaonique !

Le Dhomiati ou Melhfa (drap) Dhomiati, c’est ainsi qu’il est appelé à Djerba, est l’habit traditionnel sur l’île. L’habit des femmes Djerbiennes d’origine berbère comme celles d’origine arabe.

Un peintre-photographe Français bien connu, natif de Ferryville aujourd’hui Menzel Bourguiba; un jour en visite à Djerba, en regardant les femmes Djerbiennes portant le Dhomiati et le chapeau de paille bien connu, m’a dit : Il y a quelque chose de pharaonique dans cet habillement.

Je reste étonner et surpris car il y a quelque chose de vrai dans ce qu’il a dit.

Cet habillement s’appelle Dhomiati car il est originaire de Domiat, la ville égyptienne, à l’ouest de Port Saïd. C’est qu’avant la colonisation, les Djerbiens faisaient du commerce avec les grandes villes de l’empire Ottoman. Le commerce était avec les villes algériennes, avec celle de la côte Egyptienne: Le Caire, Domiat et Alexandrie, avec Istanbul La Haute Porte de l’empire Ottoman, avec Djedda sur la mer rouge, avec le Yémen et même Oman et les pays du Golf.

S’ils prénommaient leur filles ‘’Toumana’, ‘’Temna’’et ”Taïz” , c’est parce que ‘’Toumana’’ est le nom de la monnaie persane en cours dans tout le Golf arabique de l’époque, et jusqu’à date le mot est en usage en Iran, ‘’Temna’’ est le nom du port de Jedda et Taïz est une ville au Yemen. Un peu comme à Tunis où les Tunisois prénommaient leurs filles ‘’Louisa’’, prénom en rapport avec le Louis Français, monnaie de l’époque et les tunisiens des villes de l’intérieur, prénommaient leurs filles ‘’Tounès’’ en rapport avec la ville de Tunis La Beylcale.

Avec la colonisation, leur commerce s’est limité aux villes des pays nord africaines colonisés ou sous protectorat français, essentiellement en Algérie et au Maroc mais aussi et surtout à Tunis et aux villes tunisiennes sur la vallée de la Medjerda, de Mjaz El Bab jusqu’à Ghar Dimaw, et celles de tout le nord-est du pays.

Revenons à Domiat. Les Djerbiens y allaient sur leurs barques pour certainement vendre leurs productions locales et d’autres produits importés d’ailleurs et, pour ne pas revenir barques vides, importaient du riz pour leur alimentation. Tout le sud tunisien ne produit pas le blé et à Djerba, la production céréalière insuffisante se limitait à l’orge et le sorgo (Dro3). Et donc le complément en besoin de céréales est assuré par le riz importé d’Egypte.

La Tunisie continentale n’a connu comme céréales que le blé au nord et l’orge au sud. Sfax était la frontière alimentaire céréalière entre le nord et le sud. Frontière tracée par les milimetres de pluviométrie. Le riz, a toujours été synonyme de misère chez beaucoup de tunisiens du continent, car historiquement la Tunisie continentale n’a connu le riz que suite à l’importation, par je ne sais quel bey, d’un bateau de riz au 19ème siècle pour contrer une famine.  Donc, le riz est resté dans la tradition culinaire de la Tunisie continentale, un mets de misère et dans la culture populaire un synonyme de famine. Les gens du nord, de la vallée de Mdjerda, parle de l’an du riz pour dire l’an de la famine, de la misère, l’an 18.. .  Alors que les Djerbiens ont connu le riz bien avant et ont excellé dans sa cuisine, d’où le fameux riz Djerbien, riz cuit à la vapeur.

Djerba a réuni l’orge planté sur l’ile et importé du continent, le riz importé du Delta du Nil et le sorgo originaire de l’Afrique subsaharienne, comme elle a réuni arabes, berbères et noirs, comme elle a réuni ibadhite, malékite et juif.  Le tout dans la paix, l’harmonie et la diversité.

Avec le riz de Domiat, les Djerbiens ont importé l’habillement qu’ils ont appelé Dhomiati. D’ailleurs, à Domiat on trouve un village qui s’appelle Izbat Al Jairbi ‘’ عزبة الجربى ‘’, le domaine du Djerbien.

Beaucoup de familles Djerbiennes ont des arrières cousins dans les anciennes villes de l’empire Othoman et ailleurs où ils commerçaient.  Je peux citer les familles Ben Jemaa et Ben Dahmène qui ont leurs branches en Alexandrie, la famille EL Kateb à Istanbul et la famille Ben Tanfous à Oued M’zab en Algérie.

Une fois sur le web, je discutais avec un Egyptien d’Alexandrie. Il m’a dit qu’il voulait venir pour visiter la Tunisie et particulièrement l’île de Djerba.  Il ne savait pas que je suis Djerbien. Je lui ai posé la question : Pourquoi Djerba particulièrement ? Il m’a répondu, à ma stupéfaction, que c’est parce que sa grand-mère paternel, décédée, est Djerbienne.

Elle portait le nom de famille Jadoui, un nom bien Djerbien.

P.S  -Toutes les information historique dans l’article m’ont été rapporté par un père zeitounien de formation et amateur d’histoire, particulièrement celle de Djerba.

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