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Hamideddine Bouali: La photographie jazzy d’un marcheur .

Hamideddine Bouali: La photographie jazzy d’un marcheur .

Ce fut difficile de trouver un axe pour parler de Hamiddeddine Bouali et de son exposition “Insomnia”. La principale raison est que tous deux sont excessifs, généreusement dans l’excès.  

Insomnia n’est qu’un épisode de la longue carrière de Hamideddine Bouali, un épisode qui dure depuis quelques jours à l’espace Taher Haddad, le vrai enjeu n’est pas dans cette exposition, mais dans la démarche, le processus, l’esprit qui habitent les longues balades de Bouali.

Tunis dans la poche : Il y a seulement deux manières  d’envisager les rapports de l’art et de la vie, soit l’art est le reflet de la vie. Soit la vie prend forme  d’art  et épouse un espace aménagé par l’artiste lui même. Bouali esthétise nos vies, esthétise nos villes , et esthétise le ciel dans “Insomnia”.

“Rire sous la pluie”, comment ne pas entendre les notes d’un track du film Kansas City, comment ne pas voir du jazz sur cette photo ? “Le jazz est vif, douloureux, doux, tendre, lent ; il apaise, il bouleverse, c’est de la musique et ce qu’il rythme est vrai, c’est le pouls de la vie.” Le pouls de la vie, les battements de cœur de la ville. Bouali est l’harceleur des rues, il ne les lâche jamais du regard, tout est potentiellement intéressant , et il marche , il marche, il marche , jusqu’à ce qu’il te voit et là ! clak !

Cette photo nous ferait presque croire  que Tunis est une ville joyeuse ,et  que même sa pluie est agréable.

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Autre photo , siège vide dans un minuscule salon de coiffure : “Je reviens de suite… !” Médina de Tunis 19 mai 2016.   Tout est là , la situation , l’histoire, le quotidien d’un coiffeur qu’on imagine déjà, un enfant de la médina qui a aujourd’hui cinquante ans. On imagine qu’il s’ennuyait et que d’un coup son ami l’a appelé, on imagine les discussions sur les meilleurs coups de Béb Souika et sur le dernier “Derbi”… On écrit sans arrêt en regardant cette photo . On écrit en tapant du pied, comme quand on écoute Charlie Parker . 

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Le plus intéressant reste l’approche de Bouali dans son rapport avec le public. C’est sur cette question , qu’il y a possibilité de débattre des faits . Bouali, ne croit pas à l’exclusivité des photos, si il travaille la scénographie de ses expositions comme dans Insomnia ( où elle est très étudiée) , il partage ses prises- mêmes celles qui feront l’objet d’une expo- sur Facebook . Cela veut dire, que peu importe qui tu es, d’où tu viens, et si tu en as envie ou pas, tu pourras éventuellement tomber sur l’une de ses prises.

A ce moment là, beaucoup de problématiques refont surface :

En premier, partager une photographie sur  un réseau social, l’objet est aplati , dans une timeline infinie, ainsi on est en droit de se demander comme nos ancêtres ” A quel moment c’est devenu un objet artistique ?” .   En effet , du fait que ces objets soient tous si bien connus, il est difficile, de comprendre en quoi et comment ils doivent et peuvent bouleverser les sens . En deuxième lieu, est-ce que partager ces photos ne réconforte pas les gens dans leur paresse ? On peut se poser aussi la question de la valeur marchande des photos ?

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Un début de réponse , peut-être,  Bouali bouscule sûrement avec ses méthodes.  Il marque un point  en ayant une approche extrêmement moderne dans la relation  qu’il a avec le public. Il utilise le support le plus accessible à tous, le plus direct . Il y a de la générosité dans cet acte, et une inconscience artistique presque admirable .

Peut-être que tout cela ne compte pas, peut être que la finalité , d’une photo, et de suspendre le temps, comme avec ce clown,  ces jeunes , ce théâtre centenaire, ces regards qui se dirigent vers l’objectif, cette atmosphère chaude pendant une soirée à l’avenue. Peut-être que la seule chose qui sauvera la photographie de sa propre facilité , est qu’on peut encore entendre du jazz en regardant une photo , et raconter une histoire en voyant une chaise vide.

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L’exposition “Insomnia” continue jusqu’au 21 Juillet  au Club Culturel Tahar Haddad , un autre aspect du photographe , à découvrir .

Rym Had 

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