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Les bonnes mœurs entre mythe et réalité .

Les bonnes mœurs entre mythe et réalité .

Vagues, floues, ambiguës, « Les bonnes mœurs » se présentent, avant tout, comme un concept polysémique. Elles peuvent apparaître à la fois comme la résurgence de la morale sociale et religieuse et comme l’expression de conservatisme qui caractérise l’héritage des habitudes et des usages.

En dépit de l’abstraction qui dépeint cette expression « les bonnes mœurs » continuent à occuper une place dominante expressément dans le monde arabo-musulman. C’est l’ensemble des barrières indépassables, des limites infranchissables qui s’imposent au sein de la société régulant les conduites et le comportement.
La défense de la moralité, ou, des bonnes mœurs intervient, à ce niveau là, pour représenter un objectif pour la réalisation duquel on a concrétisé des dispositifs de censure préalables au sens strict du terme. Sur une base juridique plus incertaine, on peut admettre qu’il s’agit donc des autorités amenées, dans le cadre de la commune, à prendre des mesures visant à prévenir des troubles à l’ordre public qui pourraient résulter dues à la diffusion de ce qu’ « on » trouve « immoral ».

Dans l’approche juridique, on est d’autant plus fondé à évoquer le role que le droit est appelé à jouer dans le domaine des bonnes mœurs en ayant recours à l’article 226 bis du Code Pénal tunisien

« Est puni de 6 moins d’emprisonnement et une amende de mille dinars quiconque porte publiquement atteinte aux bonnes mœurs ou à la morale publique par le geste ou par la parole ou gêne intentionnelle à autrui d’une façon qui porte atteinte à la pudeur. Est passible des mêmes peines prévues au paragraphe précédent quiconque attire publiquement l’attention sur une occasion de commettre la débauche par des écrits, des enregistrements, des messages audio ou visuels, électroniques ou optiques »

Il est question d’une notion insaisissable, fuyante, rebelle à toute définition de manière à laisser aux instances chargées d’appliquer la règle, dotées donc d’un pouvoir d’appréciation en décidant au cas par cas de ce qui est conforme ou contraire aux bonnes mœurs. Cette interchangeabilité ostensible relative au champ sémantique de l’expression (tel que pudeur par exemple) met en question la pratique des bonnes mœurs.
Ceci dit, la contradiction entre les bonnes mœurs et la liberté (dans toutes ses formes) devient ainsi flagrante. Une contradiction que l’actualité ne cesse d’attester…
On craint et on observe de multiples restrictions qui continuent à se développer au sein de la Tunisie postrévolutionnaire sous le fameux prétexte de protéger et conserver les bonnes mœurs : On n’oublie pas les événements d’Octobre 2011 qui ont suivi la diffusion de film Persepolis sur la chaine Nessma en raison de représentation en image de Dieu suite auxquels le tribunal de Janvier 2012 a reproché les « attaques contre les valeurs religieuses et les atteintes à l’ordre public  à cause de cette diffusion ».

Des journalistes menacés pour avoir « porté atteinte aux bonnes mœurs » c’est ainsi que Lina Ben Mhenni fait savoir qu’en raison de sa critique des islamistes elle reçoit des menaces de mort de la part de ces derniers qui ont repris le devant de la scène et veulent se montrer comme groupe de pression sociale . la censure au nom de la moralité et des bonnes mœurs continuent à être clairement exercée en prenant cette fois une tournure institutionnalisée cette fois, et quand on parle d’une censure institutionnalisée on ne peut que penser au rôle de la Haute Autorité Indépendante pour la Communication Audiovisuelle ( la HAICA), celle qui n’hésite pas à sanctionner par la suspension des émissions, par les amendes faisant preuve de suivre une politique de deux poids deux mesures en jugeant ce qui est « adéquatement » diffusable.

On arrive au point le plus délicat de l’affaire : « la police au service du peuple », celle qui trouve dans quelques textes de loi une sorte de bouclier juridique pour se permettre d’exercer de différentes formes d’harcèlement et de corruption. 

« C’était à l’occasion d’une réunion de la ligue tunisienne des droits de l’homme, déjà visée par les policiers , racontait la journaliste Sondes Zarrouki, que je me suis trouvée ciblée par deux agents de polices à cause de la mini jupe que je portais le premier s’est mis à me scanner le corps par ses regards perçants l’autre commence à m’insulter, me dire des injures, des grossièretés nauséeuses, des propos obscènes que je n’arrive même pas à répéter, je me suis sentie dévalorisée je lui ai répondu vaut mieux que tu t’occupe de ton travail ! Et c’est exactement à cause de cette phrase que je me suis trouvée jetée dans une bague vers le commissariat. la charge ? Agresser un agent dans l’exercice des ses fonctions bien sûr  »

Dans des cas pareils un tel comportement de la part de ceux qui veillent à la protection des bonnes mœurs, amènent à des conséquences désastreuses, des crimes de viol, de corruption se succèdent, on se met à mentir, à dire des grossièretés, à agresser et menacer des citoyens pacifiques, on se permet à s’incruster dans la vie privée d’autrui, on prône le conservatisme et la protection de la moralité …
Hfidhi Refka

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