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#MeToo : Les témoignages poignants de ces Tunisiennes sur leur expériences avec les agressions sexuelles !

#MeToo : Les témoignages poignants de ces Tunisiennes sur leur expériences avec les agressions sexuelles !

Depuis l’affaire Weinstein, le hashtag #MeToo inonde les réseaux sociaux.Ce hashtag est un symbole de liberté de parole et s’est au fil du temps transformé en cri d’alerte, invitant toutes les femmes victimes de harcèlement ou d’agression sexuelles à montrer l’impact et l’amplitude de ce problème à travers leur expérience. 

En Tunisie aussi les femmes ne font pas exception à la règle et s’emparent elles aussi des réseaux sociaux. WePostMag vous livre les quelques témoignages de ces dames qui ont tenu à briser le silence  en parlant d’un sujet généralement tabou.

Résultat de recherche d'images pour "agression sexuelle"L’actrice et mannequin Rim El Benna, a confié son expérience pour le moins bouleversante au magazine Fawdha citant ” Le premier incident qui m’est arrivée était traumatisant. Je n’ai réussi à en parler qu’à l’âge de 17 ans. J’avais 12 ans et j’habitais à Nabeul. Je me souviens de cet instituteur que je voyais comme le père que je voulais avoir. Je me souviens être partie chez lui une après-midi d’été, pour qu’il m’aide à remplir les documents d’entrée au collège – je venais de finir l’école primaire. Je crois qu’à 12 ans, je n’avais même pas de formes… je n’ai eu mes règles qu’à 17 ans. Je suis entrée, il n’y avait personne, ni sa femme ni ses enfants. Il a commencé à remplir les documents, puis il m’a dit : “Viens t’asseoir sur mes genoux”. J’ai senti que c’était bizarre mais j’ai eu peur, comme c’était mon professeur, j’étais intimidée et donc j’ai obéi et je me suis assise sur ses genoux. Il a commencé à me caresser, il a passé sa main sous ma jupe et c’est là que j’ai compris qu’il y avait un problème. Il continuait à remonter ses mains et je lui ai dit que je voulais de l’eau, c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit. Il s’est levé pour aller à la cuisine, et je suis vite sortie de la maison en claquant la porte. Je suis rentrée en courant chez moi, et je suis montée directement dans ma chambre, je me suis enfermée et je me suis mise à pleurer.

J’en ai parlé à ma mère cinq ans plus tard… Elle m’a écoutée sans réagir, et on n’en a plus jamais reparlé, comme si je ne lui avais rien dit.Image associée

Le deuxième incident est bien plus grave et m’a marquée à vie. J’avais 15-16 ans, et un de mes proches a essayé à maintes reprises d’abuser de moi. C’était vraiment du harcèlement, en plus de la violence physique et verbale. Il me battait, racontait des bobards à mes parents pour les remonter contre moi, et ils le croyaient… Normal, c’était un mâle après tout. Je n’en pouvais plus, j’ai fini par fuguer. J’ai également fait trois tentatives de suicide, dont la troisième s’est soldée par un coma de quelques semaines.

Trois ans après, je débarquais à Tunis, naïve, encore vierge, n’ayant eu aucune relation amoureuse, et fruit d’une éducation stricte et conservatrice. J’ai été invitée à une soirée lors de laquelle je fus certainement droguée. Le lendemain, je ne me souvenais de rien, si ce n’est cette douleur à l’entre-jambe. Je suis partie voir un gynécologue qui m’a annoncée que je n’étais plus vierge. Je me rappelais de la personne qui m’avait invitée à la soirée, et de fil en aiguille, j’ai pu remonter jusqu’à l’auteur du viol. C’était quelqu’un qui avait du pouvoir à l’époque, je ne pouvais rien faire.

Résultat de recherche d'images pour "agression sexuelle"J’ai passé quatre ans à voir un spécialiste pour surmonter tout ça. Et aujourd’hui, plus personne ne pourra me faire de mal.”

Fairouz Feki, scénographe et architecte d’intérieur, a elle aussi était victime d’agressions sexuelles et déclare ” En 2011, j’ai décroché un grand projet d’aménagement d’une villa de maître, le propriétaire était un grand médecin connu, propriétaire d’une clinique privée sur le Grand Tunis. J’ai travaillé nuit et jour sur ce projet, on a eu pas mal de déplacements ensemble (avec l’architecte et le maître de chantier) pour le choix des matériaux et tout le reste. Au fil du temps, on s’est lié d’amitié. J’appréciais sa compagnie, c’était un intellectuel et il avait de la conversation. Il me rappelait un peu mon père et je pensais sincèrement qu’il me considérait comme sa fille (ses deux fils ayant mon âge). Jusqu’au jour où il me convoque dans son bureau pour me dire qu’il m’aime bien et qu’il voudrait que je sois sa maîtresse.

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J’étais choquée, n’en croyant pas mes oreilles, je lui ai dit : “Mais comment osez-vous ? Vous avez l’âge de mon père !” Sa réponse m’a alors traumatisée. Il m’a dit que, naïve comme j’étais, je ne pourrai jamais atteindre mes rêves, alors qu’avec son argent je pourrais avoir tout ce que je voulais, plus besoin de galérer comme je le faisais. Il m’a dit que malgré son âge (60 ans), il était en bonne condition physique vu qu’il faisait du sport pour s’entretenir. J’étais hors de moi, j’ai crié : “Pour qui vous prenez-vous ?” Il m’a répondue que si je pensais que j’avais du talent, je me trompais, que c’était grâce à lui, et que toutes les femmes peuvent être achetées avec de l’argent. Alors pourquoi pas moi ?” 

La liste de témoignages est encore très longue et le Centre de Recherches, d’Etudes, de Documentation et d’Information sur la Femme (CREDIF) sortie en 2016 expose un nombre alarmant stipulant que trois femmes sur quatre en Tunisie disent avoir subi au moins une fois des violences sexuelles au cours de leur vie.

© Nour Kaouech

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