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Traité amoureux de la femme arabe

Traité amoureux de la femme arabe

La civilisation arabo-musulmane est en déclin depuis des décennies. Elle a perdu son génie, et gît dans la médiocrité de la démocratie immobiliste, ou  celle de la dictature fallacieuse. Malgré tout, notre civilisation préserve ses hommes et ses femmes, et leurs valeurs et traditions existent sous les amoncellements de ruines qui tentent de les étouffer.

La femme arabe, entre tous les vestiges de l’arabité, est un pilier duquel dépend notre renaissance, ou notre finale descente au rang des oubliés. La femme arabe représente la sensualité pure, sans l’exhibition maladive des attraits sexuels, du «sex-appeal» inélégant. Du haut de sa douce pudeur, elle se joue des goujats avec une fine parole, et sait affirmer ses sentiments d’un regard. Car la pudeur précède la sensualité. Sans pudeur, la vulgarité s’étend.

La femme arabe sait imposer le respect car elle se respecte. Elle a été bercée par les chants d’Oum Kalthoum, Warda, Fairouz, et ressent dans les battements de son cœur la mélodie des amours perdus. Les amours de femmes fières dont le bonheur exulte lorsqu’elles sont en constante synergie avec leur identité, une identité arabe, musulmane, qui n’a pas besoin de s’occidentaliser pour être libre, ou pour se libérer.

Nul ne peut nier que la femme arabe fait face à des obstacles patriarcaux et sociétaux qui inhibent ses potentialités, dont on connaît l’étendue pourtant. Les femmes tunisiennes et égyptiennes ont envahi l’avenue Habib Bourguiba et la place Tahrir, les femmes algériennes ont mené la révolution contre le colonisateur, les femmes palestiniennes mènent encore aujourd’hui leur combat avec une ferveur qu’aucune injustice ne peut éteindre. L’arabe possède en elle le pouvoir de Cléopâtre, l’élégance d’Oum Kalthoum, et la fougue révolutionnaire de Djamila Bouhired, et c’est avec ces attributs historiques que sa lutte prend forme. C’est en préservant son identité tout en faisant face aux difficultés qu’elle saura avancer.

On voit, dans un processus féministe, les femmes se tourner vers un mode de vie occidental afin de pallier aux manques de leur vie orientale. Il ne s’agit pas d’affirmer que s’imprégner de la culture occidentale ou de certaines de ses mœurs est une félonie en soi. Seulement, renier les valeurs et apports socio-historiques qui ont établi l’identité féminine arabo-musulmane, au-delà du patriarcat, au-delà des archaïsmes indéniables, provoquerait une perte de repère et une transition des problèmes que connaissent les femmes arabes vers ceux que vivent les femmes occidentales. Voire une addition schizophrénique des deux. L’objectification de la femme occidentale par la société de consommation, les critères de beauté, les dogmes comportementaux est aussi une réalité.

La femme arabe a une identité propre qui diverge d’un pays à l’autre, mais qu’elle ne saurait laisser s’estomper. Effacer l’arabité, les valeurs, les traditions dont les femmes arabes sont les gardiennes ancestrales donneraient raison aux frustrés malveillants qui croient qu’une paire de cuisses à l’air est une marque d’hérésie, qu’une danse est un blasphème, et qu’une penseuse n’a pas sa place dans la société. Le combat de la femme arabe est légitime car tous les jours, dans les rues, dans les institutions, jusque sous son toit, elle souffre d’injustices qui n’ont pas lieu d’être. Mais ce combat devra puiser sa force dans l’identité féminine arabo-musulmane, dans les valeurs de respect, d’entraide, de compréhension qui ont bâti notre civilisation.

En dansant sur «Alf Leila w Leila», portées par l’hymne de nos grand-mères, les femmes sauront bouleverser les arriérations du monde arabe, et le soulever vers un nouvel Age d’Or. Il y a une raison pour laquelle « civilisation » est un mot féminin.*

© Saoud Maherzi

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